Rome, 2 mars 1977

Pour Radio Vatican

(…) Un mélange de fine douceur et de paisible tristesse, une atmosphère de solennité envahissent l’âme au souvenir de ce qui est advenu ce jeudi-là, il y a vingt siècles.
Dieu s’était fait homme. Tout lui était possible. Cependant, c’était dans la logique de l’amour qu’ayant accompli un tel passage de La Trinité à la vie terrestre, il n’y reste pas seulement 33 ans – même en ayant une vie divine extraordinaire – mais qu’il trouve une façon d’y demeurer durant tous les siècles et d’être présent sur tous les points de la terre et au moment culminant de son amour : sacrifice et gloire, mort et résurrection. Et il y est resté. Son imagination divine lui a fait trouver la solution, il inventa l’Eucharistie. C’est son amour qui se manifeste au plus haut degré.

Thérèse de Lisieux dirait : « Oh Jésus, (…) dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi dire que ton amour va jusqu’à la folie… »
Luc décrit ce soir-là : « Et quand ce fut l’heure, il se mit à table et les apôtres avec lui. Et il leur dit : « J’ai tellement désiré manger cette Pâques avec vous avant de souffrir. Car je vous le déclare, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. » (…) Puis il prit du pain et après avoir rendu grâce il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Et pour la coupe il fit de même après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous. » (Lc 22,14-20)1
S’il n’avait pas été Dieu, je ne sais pas comment Jésus aurait fait pour exposer avec des paroles aussi peu solennelles, des réalités aussi nouvelles, aussi imprévisibles, aussi abyssales, qui nous projettent dans l’extase, parce que face à elles, si on les comprend un peu, l’être humain ne résiste pas.
Jésus, tu es là, le seul à savoir tout, à être conscient que ton geste conclut des siècles d’attente, à regarder les conséquences infinies de ce que tu es en train de faire pour réaliser le projet divin prévu depuis toujours par La Trinité : l’Église, qui commençant sur la terre, pénètre dans les profondeurs immenses et futures du Royaume.
Si toi - je le répète – tu n’avais pas été Dieu, comment aurais-tu fait pour parler et agir de la sorte ?

Quelque chose transparaît de ce que ton cœur a éprouvé à ce moment-là : « J’ai désiré ardemment… » exprime un immense bonheur, « avant ma passion », c’est l’étreinte du bonheur avec la croix et le lien de l’un avec l’autre, car ce que tu t’apprêtais à faire était ton testament et un testament n’a de valeur qu’après la mort. Tu nous as laissé un héritage incommensurable : toi-même.
L’Eucharistie – au dire de Thomas d’Aquin – est le plus grand des miracles de Jésus Christ. En fait, comme le dit Pierre Julien Eymard : « Il les dépasse tous par son objet, il les domine tous par sa durée. C’est l’incarnation permanente, c’est le sacrifice perpétuel de Jésus, c’est le buisson ardent qui brûle toujours sur l’autel ; c’est la manne, véritable pain de vie, qui descend chaque jour du ciel. »
Le Concile Vatican II affirme que « dans la sainte Eucharistie est contenu tout le bien spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque et pain vivant, qui, au moyen de sa chair vivifiée par l’Esprit-Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes. »

Jésus célèbre sa Pâque comme un repas de fête. Dans chaque maison l’heure du repas est celle de la plus grande intimité, de la fraternité, souvent de l’amitié et de la fête. Le banquet, le repas de fête que Jésus préside est célébré comme la Pâque des juifs et en tant que telle, elle renferme en synthèse toute l’Histoire du peuple d’Israël.
Comme un père de famille, Jésus dans ses gestes et dans la « prière de bénédiction » répète le rite judaïque. Cependant, il y a dans ce repas une différence vertigineuse et toute une nouveauté par rapport à la Pâque juive. Le repas de Jésus est célébré dans le contexte de sa passion et de sa mort, et Lui, dans l’Eucharistie anticipe de façon symbolique et réelle son sacrifice de rédemption : il en est le prêtre, il en est la victime.

Le Pape Paul VI s’exprimait ainsi le Jeudi Saint 1966 : « Nous ne pouvons pas oublier que la Cène (…) était un rite commémoratif ; c’était le banquet pascal, qui devait se répéter chaque année pour transmettre aux générations futures le souvenir indélébile de la libération du peuple hébreu de la servitude de l’Égypte (…). Ce soir-là, Jésus substitue le Nouveau Testament à l’Ancien : « Ceci est mon sang – dira-t-il – dans le Nouveau Testament (…) (Mt 26,28)2. À l’ancienne Pâque historique et symbolique il relie et fait succéder sa Pâque, elle aussi historique, définitive celle-là, mais symbolique elle aussi d’un autre événement, ultime celui-ci : la parousie finale (…) ». 
Les paroles de Jésus : « Je vous le déclare, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous, dans le Royaume de mon Père. » (Mt 26,29) ont été traduites par l’exégète réputé Benoît, comme un rendez-vous au paradis. Elles donnent à l’Eucharistie le caractère d’un repas de fête qui se réalisera pleinement après notre résurrection.
Cependant, dès maintenant, l’Eucharistie est le sacrement de communion au Christ pascal, au Christ mort et ressuscité, passé - Pâque = passage - à une nouvelle phase de son existence, l’existence glorieuse à la droite du Père. Communier à Jésus dans l’Eucharistie signifie participer déjà, dès ici-bas, à sa vie glorieuse, à sa communion avec le Père.

Jean a sa façon à lui de parler de Jésus Eucharistie. Il dit que Jésus lui-même se présente comme « pain de vie », et il précise comment il peut être pain de vie : « (…) le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie (…) » (Jn 6,51b).
Jésus se voit déjà ‘pain’. C’est donc cela la raison dernière, ultime, de sa vie ici sur terre : être pain pour être mangé, et être mangé pour nous communiquer la vie déjà dès ce monde. Mais qu’est-ce que la vie ? Jésus l’a dit : « Je suis la vie » (Jn 11,25 ; 14,6). Ce pain nous nourrit de lui déjà ici-bas.
Jésus dit encore : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,54). L’Eucharistie donne aussi la vie pour l’autre monde.
Qu’est-ce que la Résurrection ? Jésus l’a dit : « Moi je suis la résurrection » (Jn 11,25). C’est lui qui commence en nous sa vie immortelle, celle qui ne s’arrête pas avec la mort. Même si le corps est corruptible, la vie, Christ, demeure dans l’âme et dans le corps comme principe d’immortalité.

C’est un grand mystère que celui de la résurrection pour celui qui raisonne d’après un critère humain. Cependant, il existe une façon de vivre qui fait que le mystère devient moins incompréhensible. Si l’on réalise avec tout l’engagement possible le commandement nouveau de Jésus, on fait l’expérience que l’amour réciproque mène à une fraternité entre les hommes qui dépasse l’amour humain lui-même, l’amour naturel. Or ce résultat, cette conquête est l’effet de la réalisation du commandement de Jésus. Il savait que, si nous vivions en conformité avec ses immenses dons, nous ne serions plus des serviteurs ou seulement ses amis, mais que nous serions ses frères, et des frères entre nous, car nourris de la même vie, la sienne, donc devenus « consanguins et ‘concorporels’ (du Christ) », comme le dit Saint Cyrille de Jérusalem.
Cette famille du Royaume de Dieu étant construite, comment peut-on penser à une mort qui briserait l’œuvre d’un Dieu avec toutes les conséquences douloureuses que cela comporte ? Non : Dieu ne pouvait pas nous mettre face à une séparation absurde, il devait nous apporter une réponse et il l’a donnée en nous révélant la vérité de la résurrection de la chair. Elle résulte ainsi comme une conséquence logique de la vie chrétienne ; elle est porteuse de la joie immense de savoir que nous nous retrouverons un jour tous avec ce Jésus qui nous a unis d’une telle façon.

Pour souligner ensuite l’immense effet que ce pain mystérieux opère, c’est-à-dire la communion avec le Christ et entre nous, rappelons-nous ce que Paul a écrit dans sa première lettre aux Corinthiens : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas une communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous sommes tous un seul corps : car tous nous participons à cet unique pain. » (1 Cor 10, 16-17)
« Un seul corps ! »
Voici le commentaire de Jean Chrysostome : « (…) Nous sommes ce même corps. Qu’est ce pain ? Le corps du Christ. Que deviennent ceux qui communient à ce pain ? Le Corps du Christ : non pas de nombreux corps, mais un seul corps. Comme le pain composé de nombreux grains, est tellement mixé, uni, que les grains ne se voient plus (…) ainsi nous sommes étroitement unis et entre nous et avec Christ. »
Jésus, tu as un grand dessein sur nous et tu es en train de le réaliser à travers les siècles : nous faire un avec toi pour que nous soyons là où tu es. Pour toi, descendu de La Trinité sur la terre, c’était la volonté du Père que tu y retournes, cependant, tu n’as pas voulu y retourner seul, mais avec nous. Voici donc le long trajet : de La Trinité à La Trinité, en passant par les mystères de vie et de mort, de souffrance et de gloire.
Heureusement que l’Eucharistie est aussi une « action de grâce ». Par elle seulement nous pouvons t’exprimer notre reconnaissance, de façon appropriée, de façon juste.

Chiara Lubich

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