12 septembre 2003

Le message de Chiara Lubich, a la saveur d'un 'manifeste' programmatique, à l'occasion de la Première Journée de l'Interdépendance. Le nom même de Philadelphie en exprime "l'iter", le parcours : l'unité de la famille humaine. L'unité des peuples est le but de la politique et Chiara, de façon incisive, reparcourt ce qui peut la réaliser : de la fraternité à la communion des biens, de l'amour d'un Père commun à la paix. 

Monsieur le Gouverneur de Pennsylvanie,

Monsieur Edward Rendell,

Monsieur le Professeur Barber,

Mesdames, Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi que de pouvoir m’adresser par ce message au public si qualifié rassemblé ici à Philadelphie pour déclarer sa décision de vouloir construire un monde plus uni, plus juste, plus fraternel.

Ne pouvant être présente comme je l’aurais désiré, permettez-moi de vous offrir par ce message quelques réflexions.

Au cours d’un entretien chaleureux que j’ai eu avec le professeur Benjamin Barber, à Rome en juin dernier, j’ai adhéré bien volontiers et avec joie à cette première Journée mondiale de l’Interdépendance.

L’interdépendance évoque pour moi un Idéal qui m’est cher et pour lequel j’ai décidé – avec d’autres personnes de bonne volonté engagées dans la politique, l’économie et les différents secteurs de l’activité et du savoir humains – de consacrer ma vie: l’unité de la famille humaine.

Au lendemain du 11 septembre, nous avons été nombreux à ressentir le besoin de réfléchir aux causes profondes [de ces attentats], mais aussi de d’offrir une alternative authentique, responsable, résolue, à la terreur et à la guerre. En ce qui me concerne j’ai un peu revécu l’expérience de destruction et j’ai éprouvé la même sensation d’impuissance que j’avais à Trente, pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale.

Car c’est sous les bombardements que mes premières compagnes et moi-même avons découvert la page lumineuse de l’Évangile sur l’amour réciproque et que nous nous sommes déclaré réciproquement que nous étions prêtes à donner la vie les unes pour les autres. C’est au milieu des décombres que, convaincues que « l’amour triomphe de tout », nous avons eu le désir de répandre cet amour le plus possible autour de nous, sans distinction de conditions sociales, de cultures, de convictions religieuses.

De même, nous sommes nombreux aujourd’hui à nous demander – à New York comme à Bogota, à Rome comme à Nairobi, à Londres comme à Bagdad – s’il est possible de vivre dans un monde de peuples libres, égaux, unis qui, non seulement prônent le respect de l’identité de l’autre, mais s’occupent aussi de leurs nécessités.

La réponse n’est pas équivoque : non seulement c’est possible, mais c’est l’essence même du projet politique de l’humanité.

L’objectif même de la politique est l’unité des peuples dans le respect des multiples identités. Aujourd’hui la violence des terrorismes, la guerre, l’injuste répartition des ressources du monde et les inégalités sociales et sociales sembleraient remettre cela en question.

De nombreux points de la terre monte aujourd’hui le cri d’abandon de millions de réfugiés, de millions d’affamés, de millions d’exploités, de millions de chômeurs qui sont exclus, coupés du corps politique. C’est cette séparation, plus encore que les privations et les difficultés économiques, qui est leur vraie pauvreté et qui augmente, si c’est possible, leur désespoir.

La politique n’aura pas atteint son but, elle ne sera pas conforme à sa vocation tant qu’elle n’aura pas reconstruit l’unité et soigné les plaies béantes dans le corps politique de l’humanité.

Mais comment atteindre un tel objectif qui semble au-delà de nos forces ? La liberté et l’égalité, face aux défis du présent et de l’avenir de l’humanité, ne suffisent pas. Notre expérience nous enseigne qu’il y faut un troisième élément, longtemps ignoré de la pensée et de la pratique politique : la fraternité. Sans la fraternité, aucun homme et aucun peuple n’est vraiment libre ni égal aux autres. L’égalité et la liberté seront toujours incomplètes et précaires tant que la fraternité ne sera pas partie intégrante des programmes et des processus politiques dans toutes les régions du monde.

Chers amis, le nom de la ville où vous êtes rassemblés – Philadelphie – n’évoque-t-il pas un programme d’amour fraternel ?

C’est la fraternité qui peut donner aujourd’hui de nouveaux contenus à l’interdépendance. C’est la fraternité qui peut susciter des projets et des actions dans l’enchevêtrement complexe de la politique, de l’économie, de la culture et du social de notre monde. C’est la fraternité qui fait sortir les peuples de l’isolement et leur ouvre la porte du développement. C’est la fraternité qui indique comment résoudre de façon pacifique les dissensions et qui relègue la guerre dans les livres d’histoire. C’est par la fraternité vécue que l’on peut rêver et même espérer une certaine communion des biens entre les pays riches et pauvres, puisque le déséquilibre scandaleux qui existe aujourd’hui dans le monde est l’une des causes principales du terrorisme. Le besoin profond de paix exprimé par l’humanité d’aujourd’hui prouve que la fraternité n’est pas seulement une valeur, une méthode, mais un paradigme global du développement politique. Voilà pourquoi un monde qui est toujours davantage interdépendant a besoin d’hommes politiques, d’entrepreneurs, d’intellectuels et d’artistes qui mettent la fraternité – instrument d’unité – au centre de leur action et de leurs pensées. C’était le rêve de Martin Luther King que la fraternité devienne à l’ordre du jour d’un homme d’affaires et le mot d’ordre d’un gouvernant.

Chers amis, comme les relations changeraient entre les personnes et les groupes, et les peuples si nous étions conscients que nous sommes tous fils d’un seul Père, fils de Dieu, qui est Amour et qui aime chacun personnellement et immensément et qui prend soin de tous ! Cet amour, conjugué dans des modes infinis, y compris politique et économique, conduirait à dépasser d’étroits nationalismes et des visions partielles, ouvrirait les esprits et les cœurs des peuples et de leurs gouvernants, incitant tous – comme je l’ai dit dans mon intervention aux Nations Unies à New York en 1997 – à aimer la patrie d’autrui comme la sienne.

Telle est l’expérience de plusieurs décennies du mouvement des Focolari désormais présent en 182 pays du monde et auquel adhèrent des millions de personnes de toutes les latitudes.

Je souhaite à ceux qui ont adhéré à cette première Journée mondiale de l’interdépendance qu’elle soit pour eux une occasion de renouveler leur résolution de vivre et de travailler ensemble pour l’unité de la famille humaine, avec confiance et détermination et en ne cessant de se soutenir les uns les autres.

 Chiara Lubich

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