Rocca di Papa, le 10 octobre 1977

[…]

Je suis entrée, cet été, dans la splendide petite église du XIe siècle dédiée à Saint-Pierre, près de Sion, en Suisse. Il n’y avait pas de meilleur endroit pour méditer sur la Hiérarchie de l’Église (qui étymologiquement signifie : principe sacré).
Pour y entrer il faut descendre sept marches.
Je me suis souvenu du fondement, de la pierre cachée, en dessous.

Jésus ! - et une vague d’émotion m’a envahie - tu étais là dans le tabernacle et au-dessus un très beau vitrail : Pierre !
Quel mystère ! J’aurais voulu qu’il parle. J’aurais voulu tout apprendre de lui. J’aurais voulu qu’il vive et me raconte comment tout s’était passé.
Mais j’ai pris l’Évangile, le Nouveau Testament.
Là, l’Esprit Saint a écrit en lettres de feu, ineffables, les paroles extraordinaires que Jésus a adressées à Pierre.

Les paroles de Jésus à Pierre

Pierre, à l’époque de Jean-Baptiste déjà, par l’intermédiaire de son frère André, fait la connaissance de Jésus. Et Jésus, dès qu’il le voit, ne l’appelle pas pour qu’il le suive, mais levant les yeux sur le pêcheur, il lui exprima le dessein de Dieu sur lui : “Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t’appelleras Céphas - ce qui veut dire Pierre” (Jn 1,42).
Un autre jour l’appel viendra. Jésus voit Simon et André occupés à pêcher et leur dit : “Venez à ma suite et je vous ferai pécheurs d’hommes. Et aussitôt, laissant les filets, ils le suivirent” (Mc 1,17-18).
Mais voici les paroles prophétiques qui ont toute la solennité d’une fondation.
Jésus avait demandé, aux apôtres ce que les gens pensaient de lui. Envahi par l’Esprit, qui agit mieux quand le cœur aime et croit, Pierre dit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16,16) 
Il saisit pleinement la vraie réalité de Jésus. […]

"Et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise"

Les paroles de Jésus sont sans équivoque. La pierre sur laquelle il fonde son Eglise est Pierre. Il est vrai que d’autres passages du Nouveau Testament attribuent ce même nom à Jésus. Et Jésus est, sans aucun doute, la pierre que les constructeurs ont écartée, devenue tète d’angle pour l’Église.
Mais Jésus montera à la droite du Père et a besoin de choisir quelqu’un d’autre qui remplisse cette fonction de pierre pour son Eglise. C’est Pierre. Du reste, Jésus n’est pas seulement la pierre fondamentale de l’Église, il est aussi le fondateur de toute l’Église. Et puisqu’il compare l’Église à un édifice, voici que, par ces mots, il en choisit la première pierre.
“Je bâtirai” : Jésus parle au futur. Il ne bâtit pas son Eglise pendant qu’il parle à Pierre, non il la prépare. L’Église naîtra d’une manière visible la Pentecôte, quand l’Esprit Saint envahira les hommes destinés à en être le fondement. […]
“Et les Portes des Enfers ne tiendront pas contre elle.”
Les Portes des Enfers c’est-à-dire l’enfer, la mort. L’Église ne mourra pas.
“Je te donnerai à toi les clefs du Royaume des Cieux”
Les clefs symbolisent le pouvoir remis à Pierre de procurer aux hommes l’accès au Royaume des cieux, au Royaume de Dieu. En ayant les clefs, Pierre représente le maître de la maison dont il est responsable.
Les clefs représentent aussi le pouvoir remis à Pierre, d’interpréter de façon authentique la loi de Jésus. C’est Pierre, avant tous les autres, qui devra “leur apprendre à observer tout ce que je vous ai prescrit” (cf. Mt 28,20)
“Tout ce que tu lies sur la terre, sera tenu pour lié dans les cieux, et ce que tu délies sur la terre, sera tenu pour délié dans les cieux.”
Quel paradoxe ! Le Ciel, donc, se soumet aux décisions de Pierre sur terre. Mais ceci n’est possible que si c’est le Christ lui-même qui vit en Pierre car le Ciel ne peut sanctionner que ce dont il délibère lui-même.
Voici, exprimée en ces paroles, sans aucun doute possible, la présence lumineuse du Christ en Pierre, chef du collège des Apôtres, première hiérarchie de l’Église. […]

Le pouvoir de lier et délier donné à Pierre comporte aussi le pouvoir d’enseigner. En effet Pierre déclare vraie ou fausse une doctrine. Il proclame licite ou non une praxis déterminée.
Il implique aussi le pouvoir de gouverner : Pierre peut accueillir ou éloigner de la communauté. Et l’Église primitive, a très tôt mis ce pouvoir en rapport avec celui de pardonner les péchés par le baptême.
Jusqu’ici nous avons lu le texte de St Matthieu qui mentionne cette promesse de la “primauté” conférée à Pierre.
Écoutons maintenant d’autres paroles de Jésus à Pierre que rapporte St Luc : “Simon, Simon, voici que Satan vous a cherchés pour vous passer au crible comme le froment ; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu te seras repenti affermis tes frères”. (Lc 22,31-32)
C’est avant la mort de Jésus. Il sait que, une fois le berger frappé, les brebis seront dispersées. Aussi fait-il des recommandations à Pierre, ou mieux lui dit une phrase qui, si on la comprend un peu, est très surprenante : il dit : “Mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas”.
“Moi - dit Jésus - j’ai prié pour toi”.
En général ce sont les hommes qui prient Jésus ! Mais l’enjeu est trop grand : l’Église est une œuvre divine. Jésus sent le devoir de la soutenir et il la soutient en soutenant Pierre, en priant pour lui, comme si la sécurité de tous dépendait de la fidélité de Pierre.
“Toi donc, quand tu seras repenti, affermis tes frères”
Jésus confie les apôtres à Pierre : Pierre est le pivot, le chef et ce qu’il dira sera vrai. Le Concile Vatican l a cité ce texte pour affirmer l’infaillibilité di Pape.

Pierre est un instrument de Dieu et, parce que tel, Dieu lui-même agira en lui. Mais justement parce qu’il est un instrument de Dieu, cette phrase de St Paul peut aussi s’appliquer à Lui :
“Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi… ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi… afin qu’aucun homme n’aille se glorifier devant Dieu”. (1 Co 1,27-29)
En effet, on remarque en Pierre la faiblesse humaine qui nous caractérise, l’instabilité : à côté d’une grande foi, la crainte parfois, d’y adhérer, voire le péché de ne pas la témoigner ; la générosité d’un cœur riche d’amour, mais qui, dans les faits, arrive ensuite à renier celui qu’il aime. Pierre est impulsif et lent à comprendre le véritable esprit de son maître (qui n’est pas de commandement mais de service), comme lorsque Jésus au moment où il révèle sa passion, est contraint de dire à Pierre qui ne veut pas accepter le plan de Dieu “Passe derrière moi, Satan ! Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu ; mais celles des hommes !“ (Mt 16,23)
Ou bien lorsque, appelé par Jésus, il marche sur les eaux puis a peur et s’enfonce : foi d’un côté et crainte d’y adhérer de l’autre.
Pierre a une générosité sincère, mais encore trop humaine et donc vulnérable.
“Celui-ci (Pierre) lui dit : Seigneur, je suis prêt à aller avec toi en prison et à la mort”. (Lc 22,23). “Mais Jésus lui dit : Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui que tu n’aies, par trois fois, nié de me connaître”. (Lc 22,34)
Et c’est devant cette fragilité, ce tempérament fait de hauts et de bas, comme il en est un peu pour nous tous, pauvres mortels, que se dresse majestueuse et émouvante la fidélité inébranlable de Jésus à l’homme qu’il avait choisi. L’Évangile de Jean nous la décrit : “Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon Pierre :‘Simon fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?‘ Il répondit : ‘Qui, Seigneur, tu sais que je t’aime. ‘ Jésus lui dit : “Pais mes agneaux. ‘ Il lui dit à nouveau ‘Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?‘ ‘Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t’aime.’ Jésus lui dit : ‘Pais mes brebis’. Il lui dit pour la troisième fois : ‘Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?‘ Pierre fut peiné de ce qu’il eut dit pour la troisième fois : ‘M’aimes-tu ?’ et il lui dit “Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime”. Jésus lui dit “Pais mes brebis”. (Jn 21,15-17)
‘Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?’ 
Pierre a trouvé la communion avec Jésus. Ceci est magnifique et consolant. Ceci nous dit que, si nous nous trompons, Jésus une fois que nous nous sommes repentis, ne se souvient plus de rien et nous voit dans notre dessein. Ô ! la miséricorde de Dieu ! Elle est spécifiquement chrétienne. […]
“Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime”
Pierre, forgé par l’humiliation du si triste échec de son épreuve, s’abandonne totalement à Jésus. “Seigneur, tu sais tout”. Si Jésus confirme cela, Pierre pourra affirmer qu’il l’aime.
C’est une triple demande d’amour qui semble vouloir susciter une triple déclaration d’amour, pour effacer le triple reniement.
C’est une scène solennelle et qui enchante : Jésus transmet sa mission à Pierre. “Je suis le bon pasteur” (Jn 10,11) avait-il dit. Pierre, après la mort de Jésus, devra prendre cette place-là. C’est à lui qu’est confié le troupeau de Jésus. Et Pierre n’oubliera jamais que pour le paître il lui a été demandé l’amour.

Pierre à la Pentecôte

Le jour de la Pentecôte l’Esprit Saint descend. Les Apôtres sont complètement transformés. Pierre aussi. La faiblesse cède devant une force indomptable, l’ignorance devant l’ivresse de la Sagesse. Le cœur est en flamme. Il n’est plus lui-même. C’est le Christ qui vit en lui. Il fait son premier merveilleux discours et dit entre autres :
"Hommes d’Israël, écoutez ces paroles. Jésus le Nazaréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par des miracles, prodiges et signes (...) vous l’avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies. Vous l’avez tué, ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant, exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et entendez. (...)" 
“En entendant cela, ils eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux apôtres : ‘Frères, que devons-nous faire ?‘ (...) Par beaucoup d’autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait : ‘Sauvez-vous, disait-il, de cette génération dévoyée.’ Eux donc, accueillant sa parole, se firent baptiser. Il s’adjoignit ce jour-là environ trois mille personnes.” (Ac 2,22-41)

Pierre et la première communauté chrétienne.

Ainsi naît la première communauté chrétienne. Les Actes des Apôtres disent d’elle : “Tous ceux qui étaient devenus croyants demeuraient ensemble et mettaient tout en commun ; (...) et ils avaient la faveur de tout le peuple.” (Ac 2,44-47)
Pierre fait des miracles et parmi ceux-ci la guérison d’un impotent, auquel il dit : “De l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, marche !“ (Ac 3,6).
Les Actes continuent : “Des croyants de plus en plus nombreux s’adjoignaient au Seigneur, une multitude d’hommes et de femmes (...) à tel point qu’on allait jusqu’à transporter les malades dans les rues et les déposer là sur des lits et des grabats, afin que tout au moins l’ombre de Pierre, à son passage, couvrît l’un d’eux.” (Ac 5,14-16)

Fonction de gouvernement de Pierre.

Dès le début, Pierre a une fonction de gouvernement il est le chef de la communauté de Jérusalem.
Comme représentant du Christ et de l’Église, il applique les pouvoirs reçus : il punit la fraude d’Ananie et de Saphire, il octroie le don de l’Esprit Saint aux nouveaux convertis de la Samarie.
Il est aussi à la tête de l’Église devant le monde : il défend l’Évangile devant l’autorité judaïque. Il est mis en prison en tant que responsable de la jeune Eglise.
Avec la conversion de Corneille, centurion romain, c’est Pierre qui ouvre l’évangélisation à “toutes les nations”.
La prééminence de Pierre, sa fonction de roc, le fait qu’il est garant de l’unité de l’Église, sont reconnus dans toute l’Église du Nouveau Testament.
Il figure en premier sur toutes les listes des apôtres.
Pierre est l’un des Douze, mais il est aussi le premier apôtre témoin du Christ ressuscité. Paul l’écrira, quelques années à peine après la résurrection : “il est apparu à Céphas, puis aux Douze” (1 Co 15,5), et ceci confirme définitivement Pierre à la tête du Peuple de Dieu : Pierre est le chef des Douze.
Et encore : l’apôtre que Paul veut voir, c’est Pierre.
Dans l’incident d’Antioche, Pierre manifeste un moment de faiblesse que Paul réprouve. Le Christ vit en Pierre ; mais cette vie a un progrès et une continuité toujours plus grande au fur et à 
mesure que sa mission avance.
Le martyre
Quand Jésus avait lavé les pieds aux apôtres, Pierre rêvait peut-être d’un Messie triomphant et Jésus lui avait présenté le visage du Serviteur. “Vivre en tant que Pierre”, signifiait donc aimer, servir, choisir la croix comme Jésus. C’est dans l’amour que la primauté de Pierre devra s’exercer.
Et il y sera fidèle. Son amour sera semblable celui de Jésus : il donnera sa vie pour ses brebis.
Jésus lui avait dit :
“En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas”. Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit : ‘Suis-moi’ (Jn 21,18-19).
“Suis-moi” : c’est l’invitation au martyre qu’il subira à Rome. Grégoire de Nysse dit : « Celui que le Seigneur a désigné comme principe du chœur apostolique et coryphée obtint une gloire qui convenait à sa dignité par le genre de martyre, couronné de la même manière que le Seigneur dans sa Passion… Celui-ci… est la pierre inébranlable et très solide, sur laquelle le Sauveur a bâti l’Église. »

Chiara Lubich

 

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